Alors que l’allocution présidentielle du 13 avril a reconduit pour un mois les mesures de confinement en précisant qu’elles demeureront les mêmes “partout sur notre sol”, la question d’une adaptation des règles en fonction du contexte local ne semble plus d’actualité. Pourtant, malgré la douche froide, certains partisans d’une gestion décentralisée de la crise cherchent encore à se faire entendre. Parmi eux, Christian Caoudal[1], enseignant à l’université de Bretagne Sud et analyste spécialisé dans les systèmes d’aide à la décision, continue à défendre l’idée d’une stratégie de lutte contre la pandémie de Covid-19 qui, en plus de prendre en compte les différences de situation selon les pays, reconnaisse les spécificités de chaque région.

Ce matin, Belle-Île entreprises a pu joindre Christian Caoudal au téléphone.

Dans un article du 23 mars dernier paru dans le média TV Quiberon-La Baie, j’ai pu lire que, dès avant le confinement, vous recueilliez les chiffres officiels qui concernent la pandémie de Covid-19. Concernant la Bretagne, pouvez-vous détailler les données qui vous semblent les plus significatives ?

[1]  Enseignant à l’Université de Bretagne Sud et à la Chambre de Commerce du Morbihan ; ancien chef d’entreprise spécialiste depuis 20 ans des méthodologies ABC/ABM et BSC (Activité Base Costing / Activity Based Management et Balanced ScoreCard : méthodologies innovante basées sur l’analyse des processus permettant de bâtir des systèmes élaborés d’aide à la décision, qui contribuent, dans des environnements complexes, à mettre en place les bonnes stratégies).

J’ai commencé à collecter des données quelques jours avant que le président ne déclare le confinement, le 17 mars dernier. A cette date, ce qui m’a d’abord frappé a été la différence entre les images que je voyais à la télévision, avec beaucoup de gens dehors, partout en France, et ce que nous vivions en Bretagne. Depuis déjà une semaine, à l’université, certains de mes étudiants manquaient à l’appel, car ils venaient du cluster d’Auray. Il était clair que nous étions dans une zone à part. Et très vite, en analysant les chiffres sur les personnes contaminées, ce que j’ai fait jusqu’au 25 mars, j’ai vu que si des régions comme l’Ile-de-France, la région PACA et la Nouvelle-Aquitaine, vivaient une propagation exponentielle du virus, ce n’était pas le cas de la Bretagne. D’un côté, nous avions des situations qui faisaient peur, avec un taux de propagation de plus de 300% de malades en plus par semaine ; et de l’autre, en Bretagne, en Corse, et dans les Hauts-de-France, ce taux ne dépassait pas les 60%. Ensuite, je me suis concentré sur le nombre de décès attribués au Covid-19. Et, au lieu de me contenter de comparer les données brutes des organismes d’Etat pour chaque région et département entre eux, je les ai ramené à la taille des zones d’analyse. Pour la Bretagne, cela donne 39 morts par millions d’habitants au 13 avril, pour 38 en Allemagne, où l’on annonce déjà la fin du confinement. Rien à voir donc avec le taux de 382 décès par million d’habitants enregistré pour la région Grand-Est, ou encore avec les 391 décès par million d’habitant en Espagne.

Cependant, vu les polémiques actuelles sur le décompte des décès, ces chiffres sont-ils fiables ?

Cette carte conçue par Christian Caoudal montre un nombre de décès par million d’habitants presque similaire entre la Bretagne et l’Allemagne, la Nouvelle-Aquitaine étant encore en deça; dans le Grand-Est, au contraire, le chiffre de 382 décès par million d’habitant est à rapprocher de celui de l’Espagne.

Au niveau européen, des réajustements ont été faits récemment, notamment en Allemagne, où le nombre de morts a été revu à la hausse. Ce n’est peut-être pas parfait, mais il me semble qu’il s’agit du critère le plus proche de la réalité, étant donné que toutes les personnes hospitalisées en état grave sont testées.

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